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Présentation

  • : Le ciel d'Ambroisie
  • : Bienvenue à la table des Dieux pour y rester à jamais, vos ventres emplie de mes mots aphrodisiaques, vos cœurs déjà esclave de mes plats sentimentaux, vos yeux hypnotisés par des histoires à dormir debout dont les ingrédients n’appartienne qu’à moi et moi seul.
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Mise En Bouche

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            Un chaton en quête d’aventure progressait à pas feutré dans la nature, le regard perçant, la truffe relevé pour capter les fragrances du vent, se glissant entre les brindilles jusqu’à immobilisation lorsqu’une cible étrange fut repérée. Là-bas, se découpait une silhouette assise au bord de la falaise auquel nul animal n’osait s’approcher. Silhouette qui n’était autre qu’un jeune garçon pourvus d’ailes d’ange. Mais étant encore ignorant du grand monde, notre petit aventurier ne le savait pas encore.

            Pas peureux pour deux sous et très curieux à la fois, il s’approcha de cette étrange créature qu’il voyait pour la première fois en position de chasse, aussi silencieux que la mort.

 

            Le petit ange, dont le regard était perdu au loin dans les ondulations colorées du ciel sursauta lorsqu’il ressentit un choc chaud et piquant dans son dos. Qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit l’identité du petit farceur ! Un petit chat blanc comme la neige, aux oreilles et le bout de la queue noir comme du charbon de bois. Et la boule de poil se colla contre lui tout en miaulant des caresses.

            Il attrapa le petit corps velu pour le tenir devant lui et plongea son regard d’une couleur étrange dans celui or du félin à la frimousse rosée.

 

            L’animal l’observa en retour, hypnotisé par ses deux yeux d’une couleur qu’il n’avait encore jamais croisé lors de ses voyages. Il tendit une patte curieuse, désirant toucher ces deux joyaux dans lesquels recelait une pointe de tristesse poignante.

 

            Un sourire se dessina sur ses pales lèvres roses. Le geste du chaton était très charmant. Il colla son corps chaud et doux contre le sien et commença à le gratouiller sous le menton. Le petit chat répondit bien vite par un ronronnement de bien-être. Pétrissant sa peau avec ses griffes innocentes.

 

            Le drôle d’oiseau – parce que maintenant il en était sûr(.), seuls les volatiles possédaient des pattes plumées ! – le colla bien vite contre son torse nu pour le cajoler. Il avait des mains douces, chaudes, senteur liberté. Odeur qu’il n’avait jamais rencontrée dans la nature mais dont il déchiffra vite la signification. Parfum qu’il aimait déjà avec passion. C’était une liberté qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait jamais vécu mais qui l’attirait déjà beaucoup.

            Il mordit un doigt qu’il avait réussi à attraper entre ses pattes pour connaître le goût de cette toute nouvelle odeur pour lui. C’était encore bien meilleur que ce que lui apportait son odorat.

 

            L’ange observa la petite créature qui mordillait son doigt emprisonné. Ressentant parfois le contact mordant d’une fine dent sur sa chaire quand il ne savourait pas cette chaude humidité.

            Il sourit devant cet attendrissant spectacle avant de lâcher un soupir et de reporter son regard vers un lieu inconnu de tous, sauf de son cœur.

 

            Le chaton arrêta bien vite son manège, intrigué par le changement de comportement de ce petit homme. Après observation, voyant qu’il ne réagissait pas, il se redressa et appuya ses deux pattes avants sur son torse puis lui léchouilla le menton tout en miaulant dans la tentative de le ramener à lui. De le ramener parmi son monde, la terre car là où il était parti, il ne pouvait pas l’accompagner.

 

            Il fut de nouveau tiré de ses pensées par une petite voix et une langue chaude, et dû bien vite se confronter à un regard interrogateur en or lorsqu’il reporta son attention sur le monde. A l’évidence, on s’inquiétait pour lui.

« - Tu veux savoir ce que j’ai ? » Il reçut de nouveau une caresse chaude et humide. « Très bien…

«     Les autres ne veulent pas jouer avec moi parce que je suis trop jeune. Mon corps n’est pas assez fort et mes ailes pas assez endurantes. Je suis encore trop fragile, pas assez rapide, trop petit, ni prêt au combat. Mes frères ne peuvent pas non plus me prendre avec eux lorsqu’ils partent à l’aventure. C’est pour cela qu’ils sont souvent absents et c’est pour cela que je suis souvent seul. Et moi, pendant ce temps là, je ne grandis pas. Je suis le petit dernier… tu vois ? Et ce n’est pas faute d’avoir essayé tu sais.

«     J’ai demandé à Père comment un ange pouvait grandir et devenir fort très vite. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter. Que chacun grandissait à sa façon en temps voulu, selon sa propre volonté avec sa propre raison. Mais moi je veux grandir ! Et malgré cette forte volonté, rien n’y fait. Alors je passe mon temps à attendre que mes frères reviennent de la guerre. Père, lui, regarde tout ça de son fauteuil tout en faisant bouger les pièces de son échiquier. Il passe ses journées à ça. Jouer et regarder.

«     L’un de mes frères m’a expliqué, un jour, qu’en réalité il jouait avec le frère exilé qui vit maintenant en bas, sous la terre. On m’a raconté que c’est parce qu’il a fait une terrible erreur qu’il a été obligé de partir. C’est ça punition. En tout cas, moi, je ne sais pas comment il fait pour vivre sous terre. Ça doit être l’enfer ! Moi, j’aime trop la couleur du ciel, trop la chaleur du soleil et la douceur des nuages pour oser faire des bêtises. C’est pour cela qu’il faut toujours être gentil.

«     En fait, j’aimerai bien avoir quelqu’un avec qui partager mon temps moi aussi… »

 

            Les oreilles toutes tournées, il écouta la créature aux plumes blanches parler d’une douce voix mélodique tout en continuant de l’observer. D’observer son visage qui bougeait au fur et à mesure de son récit.

            Sa tête ronde s’allongea. Ses lèvres s’affinèrent et prirent un rose plus vivant. Ses cheveux blonds ébouriffés se mirent à pousser, pousser (!), jusqu’à former une flaque opaque et chaude sur le sol. Sa peau resta blanche mais prit un léger côté pailleté. Et ses ailes qui ressemblaient à celles des oiseaux qu’il chassait devinrent plus imposantes, se mirent à briller. Eclaboussant le monde de sa lumière blanche, exaltant cette odeur de liberté qu’il avait repérée.

 

            Il se fit couper à la fin de son récit par une petite voix faible. Et lorsqu’il baissa son regard, il fut pris d’une grande surprise en découvrant que le chat lui semblait plus petit qu’avant.

« - On dirait que tu as rétrécie, Chaton. Non, c’est moi qui ai grandi ! »

            Il posa à terre son petit paquet avant de se lever pour pouvoir s’observer. Le pagne qui lui arrivait avant aux genoux était maintenant à hauteur mi-cuisses. Ses bras étaient désormais aussi forts que ceux d’un géant, voire plus. Et son ventre avait pris une forme dure.

            Son regard s’abaissa vers la petite boule de poile blanche et noir qui s’accrochait à sa jambe sur laquelle avait poussé un duvet de poil blond à l’aide de ses petites griffes. Il se mit à genoux et fixa ses yeux d’or fendu en leurs centres de noir qui étaient maintenant plein de tristesse.

« - N’aies pas peur. Je ne te quitterai pas car c’est grâce à toi si je suis devenu ainsi. Grâce à toi que j’ai grandi. Tu es ma raison… » Même sa voix avait changé. Elle n’était plus aussi fluette qu’avant.

            Il releva le museau du félin en glissant un doigt sous son petit menton et se pencha pour déposer un petit baiser sur sa truffe rose et humide. Et à ce moment là, tout son être entier se mit à luire. Par un étrange phénomène, son pelage commença à disparaître pour laisser la place à une peau bronzée. Ses membres s’allongèrent et grossirent. Son museau changea pour prendre la forme de celui d’un être-humain, tout en gardant certains attraits de sa condition de félidé. Son corps grandissant jusqu’à atteindre la taille d’un homme adulte.

 

            Quand tout fut fini, le chat devenu grand à son tour regarda ce nouveau corps qui était maintenant le sien. Il fit jouer ses muscles sous sa peau. Passa sa langue sur ses dents blanches et pointues. Toucha ses oreilles noires qui se finissaient en pointes avec ses griffes et vérifia la douceur de sa queue. Ses yeux n’avaient pas non plus changé, toujours aussi dorés. Ses cheveux blancs se terminant en pointes noires lui retombaient sur les épaules.

« - Je suis comme toi maintenant, » fit-il de sa voix ronronnante et chaude, sa nudité ne semblant pas vraiment le déranger.

 

« - Oui. Maintenant nous sommes ensemble. »

            L’homme ailé fit apparaître un tissu entre ses mains d’un noir argenté et s’approcha de son compagnon pour le nouer autour de ses hanches, cachant ainsi la preuve évidente de sa sexualité.

 

            L’homme-chat l’observa faire calmement, ses oreilles bougeant en direction des sons qui lui parvenait, sa queue battant l’air. Une fois vêtu, il se permit de poser une main griffue sur l’une de ses joues et attrapa une mèche de cheveux. Il la porta à son nez pour respirer cette odeur de liberté qu’il appréciait, puis ronronna.

« - Tu sens bon. »

 

            Il s’avança pour se coller à lui, savourant la chaleur qu’il dégageait et lui reprit cette mèche qui lui appartenait. Ensuite, il posa ses mains sur son ventre musclé et les laissa glisser dans son large dos.

« - Alors, je vais te faire vivre ce parfum que tu sembles tant apprécier. »

            L’ange resserra amoureusement ses bras autour de sa proie et déploya ses grandes ailes imposantes tout en s’approcha du ravin. Ils se laissèrent glisser au bord de la falaise et lorsqu’ils furent dans le vide, il battit furieusement et impérieusement ses ailes pour aller vers cet ailleurs qu’il observait encore quelques instants et qu’il pouvait maintenant partager ; accompagné à jamais…

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